Eau

Les espèces bioindicatrices : quand la biodiversité surveille la qualité de l’eau

analyses chimiques. Pourtant, les scientifiques utilisent aussi une autre méthode : observer les espèces présentes dans les milieux aquatiques.

Certaines sont capables de survivre dans des milieux fortement dégradés tandis que d’autres sont particulièrement sensibles à la pollution. Leur présence et disparition racontent l’histoire d’une rivière bien mieux qu’une analyse réalisée à un instant donné.

Ces organismes font partie des espèces bioindicatrices.

Libellule bleue métallique (demoiselle) posée sur un brin d'herbe au bord de l'eau
Libellules et demoiselles, sentinelles visibles de la santé des milieux aquatiques

Pourquoi les espèces aquatiques sont de meilleurs indicateurs qu’une analyse chimique de l’eau

Une analyse chimique renseigne sur la qualité de l’eau au moment précis où l’échantillon est prélevé. Mais les espèces aquatiques, elles, vivent en permanence dans leur environnement. Elles subissent donc continuellement les variations de température, les épisodes accrus de pollution de l’eau, le manque d’oxygène ou encore l’accumulation de contaminants dans les sédiments.

En observant également les communautés présentes, il est possible d’obtenir une vision bien plus complète de la qualité du milieu et donc de l’eau sur plusieurs semaines, voire plusieurs années.

Les espèces bioindicatrices éphémères parmi les premières à disparaître

Les espèces éphémères passent plusieurs mois, voire plusieurs années sous l’eau sous forme de larves.

Ces larves ont besoin d’une eau bien oxygénée, de faibles concentrations en polluants et de fonds peu envasés. Mais, lorsque les matières en suspension, les métaux lourds ou les pollutions organiques augmentent, elles disparaissent rapidement.

Leur présence est donc généralement le signe d’un cours d’eau en bon état. Et, à l’inverse, leur absence peut révéler une dégradation de la qualité du milieu.

Larve de libellule évoluant sous l'eau parmi la végétation aquatique et de jeunes mollusques
Les larves aquatiques passent plusieurs mois, parfois plusieurs années sous l’eau avant de disparaître au moindre signe de pollution

La truite, poisson bioindicateur d’une rivière en bonne santé

La truite est souvent considérée comme un symbole des rivières de bonne qualité. Elle a besoin d’une eau fraîche, d’un fort taux d’oxygène, d’une faible pollution et d’un lit de rivière diversifié.

Lorsque les températures augmentent, que les sédiments colmatent le fond ou que les pollutions se multiplient, les populations déclinent rapidement. La disparition progressive de la truite constitue donc un signal d’alerte pour les gestionnaires des cours d’eau.

Deux truites nageant dans une rivière peu profonde aux eaux claires, sur un fond de galets
La truite, une espèce exigeante qui ne tolère ni pollution ni manque d’oxygène

Les moules d’eau douce, filtres naturels de la pollution de l’eau

Les moules d’eau douce filtrent plusieurs dizaines de litres d’eau chaque jour pour se nourrir. En filtrant continuellement leur environnement, elles accumulent progressivement certains contaminants présents dans l’eau. Elles permettent ainsi d’étudier l’évolution des pollutions sur de longues périodes.

Mais ces espèces sont également parmi les plus menacées d’Europe. La dégradation de la qualité des eaux, les barrages et la disparition de leurs poissons-hôtes expliquent leur fort déclin.

Groupe de moules d'eau douce posées sur le fond sableux d'une rivière peu profonde
Les moules d’eau douce filtrent l’eau en continu et en accumulent les polluants au fil du temps

Espèces sentinelles : un maillon essentiel pour l’équilibre des écosystèmes aquatiques

Les espèces bioindicatrices appelées aussi espèces sentinelles ne sont pas seulement des outils de surveillance. Elles participent au fonctionnement des écosystèmes : elles nourrissent les poissons et les oiseaux, elles recyclent la matière organique et elles contribuent à l’équilibre des chaînes alimentaires.

Lorsque ces espèces disparaissent, c’est tout l’écosystème qui s’appauvrit.

Préserver la qualité des eaux de ruissellement avant leur rejet dans le milieu naturel permet donc de limiter l’apport de polluants, de protéger ces espèces sensibles et de maintenir les nombreux services rendus par les milieux aquatiques.