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Environnement

14/01/2026

Le TFA, un polluant discret mais omniprésent. Faut-il en avoir peur ?

Depuis le 1er janvier 2026, un décret impose, dans le cadre du contrôle sanitaire de l’eau potable, la recherche de 20 PFAS.

Cette directive européenne ne prévoit pas la recherche de TFA et le 6, qui seront pris en compte seulement à partir janvier 2027.

Le TFA, ou trifluoroacétate, est un composé chimique résultant de la dégradation de nombreuses substances fluorées (herbicide) et est utilisé dans de nombreuses applications industrielles comme PFAS, souvent désignées comme « polluants éternels». On le retrouve aujourd’hui dans les rivières, les nappes phréatiques, l’eau potable, et même dans les pluies. Sa présence est devenue si répandue qu’il est désormais considéré comme un micropolluant omniprésent.

Pourquoi le TFA pose problème

D’après une étude menée par l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité sanitaire), le TFA est détecté dans 92 % des eaux en France. La concentration médiane s’élève à 0,81 microgramme par litre d’eau (1200 échantillons analysés). En France, la limite autorisée est de 60 microgrammes par litre, tandis qu’aux Pays-Bas, elle est de seulement 2 microgrammes par litre.

Bien que le TFA soit moins toxique que certains PFAS, il présente plusieurs caractéristiques préoccupantes :

  • Extrêmement persistant : il se dégrade très peu dans l’environnement.
  • Très mobile : il se déplace dans l’air et se dissout facilement et rapidement dans l’eau.
  • Difficile à éliminer : les stations d’épuration actuelles ne parviennent pas à le filtrer efficacement.
  • Sources multiples : il provient de pesticides, de gaz réfrigérants, de mousses anti-incendie, de produits industriels, ainsi que de certains emballages.

En conséquence, même si toutes les émissions étaient arrêtées aujourd’hui, le TFA déjà présent continuerait à circuler dans les écosystèmes pendant des décennies.

Quels risques pour la santé et l’environnement

Les connaissances scientifiques continuent d’évoluer, mais plusieurs éléments sont déjà établis :

  • Le TFA s’accumule dans les milieux aquatiques.
  • Il peut affecter certains organismes, notamment les plantes et les micro-algues.
  • Les impacts sur la santé humaine demeurent encore mal compris, mais l’exposition prolongée suscite des préoccupations parmi les toxicologues. Des recherches effectuées sur des animaux indiquent que le TFA pourrait être dommageable pour le foie, affecter la fertilité et augmenter le risque de malformations fœtales.

En attendant les résultats de l’expertise scientifique sollicitée par l’ANSES, qui sont prévus pour 2026, le principe de précaution incite donc à réduire les émissions et à renforcer la surveillance.

Peut-on éliminer le TFA de l’eau ?

À ce jour, les technologies classiques (charbon actif, filtration membranaire, ozonation) ne se révèlent pas efficaces à 100%. La meilleure stratégie demeure donc la réduction à la source.

Vers une prise de conscience

Le TFA illustre parfaitement les défis posés par les polluants émergents : invisibles, persistants, difficiles à traiter et issus de chaînes industrielles complexes.

Pour protéger durablement les ressources en eau, il devient urgent de :

  • Renforcer la réglementation,
  • Surveiller systématiquement les PFAS et leurs produits de dégradation,
  • Encourager des alternatives industrielles moins persistantes.
  • Accompagner les industriels dans le traitement de leurs eaux

Photo : ©Adobe Stock

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