La gestion patrimoniale des réseaux
11/02/2026
Faillite hydrique mondiale : le signal d’alarme pour nos territoires et leurs infrastructures
L’organisation des Nations unies a publié le 20 janvier dernier un rapport au titre volontairement percutant :
Global Water Bankruptcy – Living beyond our hydrological means in the post-crisis era.
Piloté par l’UNU-INWEH (Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé), le constat est sans détour : la planète est entrée dans l’ère de la faillite hydrique mondiale.
À l’approche de la conférence onusienne sur l’eau prévue en décembre 2026, ce rapport marque un tournant majeur dans la façon d’appréhender la gestion de l’eau, des ressources naturelles… et des infrastructures.
De la crise de l’eau à la faillite hydrique : un point de bascule
Jusqu’ici, on parlait de stress hydrique ou de crise de l’eau. Des notions graves, mais encore réversibles.
La faillite hydrique, elle, désigne un stade bien plus critique :
La faillite hydrique correspond à une situation dans laquelle les prélèvements en eau dépassent durablement les capacités de renouvellement naturel, entraînant des pertes irréversibles de capital hydrique (nappes, sols, zones humides, glaciers), sans possibilité de retour aux niveaux historiques.
Autrement dit, nous consommons plus d’eau que ce que les écosystèmes sont capables de régénérer. Comme une économie vivant à crédit… mais sans possibilité de remboursement.

Des signaux visibles partout dans le monde
Qu’est-ce qui a changé pour que cette faillite hydrique ne soit plus une projection, mais est une réalité tangible :
- des fleuves qui n’atteignent plus la mer sur certaines périodes,
- des lacs, des zones humides et des glaciers qui disparaissent,
- des nappes phréatiques surexploitées provoquant des affaissements de terrain et des intrusions salines*,
- des forêts et des tourbières** qui s’assèchent puis brûlent,
- une désertification progressive de nombreux territoires.
Rappels :
*Intrusions salines : phénomène par lequel l’eau de mer pénètre dans les nappes phréatiques d’eau douce. Elles rendent l’eau impropre à la consommation, à l’irrigation et fragilisent durablement les ressources en eau des territoires
**Tourbières : zones humides naturelles constituées de sols riches en matière organique partiellement décomposée. Elles jouent un rôle essentiel de réservoir d’eau, de régulation hydrologique et de stockage du carbone.
Ces phénomènes, documentés par l’ONU et la communauté scientifique internationale, impactent directement l’aménagement des villes, la sécurité des infrastructures et la résilience des territoires face aux épisodes climatiques extrêmes.
Un territoire est en situation de faillite hydrique lorsque :
- les nappes phréatiques ne se rechargent plus naturellement,
- les écosystèmes aquatiques perdent leur capacité de régulation,
- les infrastructures sont sollicitées au-delà de leur conception initiale,
- les coûts d’adaptation deviennent structurels.
Source : ONU – UNU-INWEH

Une urgence humaine, économique et territoriale
Les chiffres avancés par l’ONU sont sans appel :
- 4 milliards de personnes font face à une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an,
- 3,5 milliards ne disposent pas d’un assainissement sûr,
- 2,2 milliards n’ont pas accès à une eau potable de qualité.
À l’échelle mondiale, la sécheresse et ses conséquences sanitaires, environnementales, agricoles et économiques représentent 307 milliards de dollars de pertes chaque année.
Pour les collectivités, ces chiffres se traduisent très concrètement par des coûts d’adaptation, de réparation et de sécurisation des infrastructures existantes.
Il faut replacer l’eau au cœur des décisions publiques
Face à ce constat, le rapport appelle à un changement de paradigme clair :
l’eau doit devenir un pilier central des politiques publiques, au même titre que le climat ou la biodiversité.
Gestion des sols, aménagement urbain, lutte contre l’imperméabilisation, adaptation au changement climatique, coopération internationale : l’eau est le lien entre tous ces enjeux.
Les conférences de l’ONU sur l’eau de 2026 et 2028, ainsi que l’échéance 2030 de l’Objectif de Développement Durable n°6 (accès universel à l’eau), sont identifiées comme des moments clés pour agir.
En France, c’est un constat qui a été largement partagé lors des 100 ans de l’UIE pendant lesquels l’accent a été mis sur la nécessité d’entretenir, de repenser et d’investir dans nos infrastructures de l’eau.
Anticiper la faillite hydrique : le rôle clé des infrastructures
Si les décisions sont globales, les solutions existent et sont avant tout locales et opérationnelles.
Pour les territoires, anticiper la faillite hydrique passe par :
- une gestion intelligente et intégrée des eaux pluviales,
- la préservation et la recharge des ressources existantes,
- la limitation de l’imperméabilisation des sols,
- le déploiement d’infrastructures durables et résilientes,
- l’intégration de l’eau dès la conception des projets d’aménagement.
Chez Stradal, ces enjeux sont au cœur des solutions développées pour accompagner les territoires vers une gestion stratégique et durable de l’eau. Concevoir des infrastructures capables de gérer l’eau comme une ressource précieuse, et non comme une contrainte, devient un levier essentiel pour des territoires plus résiliants et durables.

Transformer l’alerte en action
La faillite hydrique mondiale n’est pas une fatalité abstraite. C’est un signal d’alarme puissant, qui invite à repenser nos modèles d’aménagement et nos choix techniques.
Parce que chaque mètre carré de sol, chaque réseau, chaque ouvrage compte, l’eau doit désormais être intégrée comme un élément structurant de nos territoires.
Anticiper aujourd’hui, c’est garantir demain la résilience des infrastructures… et la pérennité de la ressource.