Eau

Mégafeux : quel impact sur la ressource en eau ?

Suite aux feux très importants que la France a subis cet été, on peut se demander quel va être l’impact de ces catastrophes sur la ressource en eau.

L’année 2026 constitue d’ores et déjà l’une des plus destructrices jamais enregistrées en France en matière d’incendies de forêt. Début septembre 2026, plus de 95 000 hectares de forêts et d’espaces naturels avaient déjà été parcourus par les flammes, touchant aussi bien les massifs méditerranéens que la Gironde, les Landes ou encore la forêt de Fontainebleau.

En effet, sur les surfaces brûlées, plusieurs effets se combinent : une hausse temporaire du bilan hydrique[1] (davantage d’eau disponible à court terme), une dégradation physique du sol, et un transfert de contaminants (cendres, sédiments, métaux, hydrocarbures). L’importance relative de ces différents phénomènes varie en fonction du contexte géologique, topographique et climatique local. Les conséquences ne seront donc pas les mêmes dans le massif landais, caractérisé par des sols sableux et peu pentus, que dans les massifs méditerranéens aux reliefs plus marqués.

Vue aérienne d'un versant entièrement noirci par un incendie, avec un sentier clair traversant la zone brûlée

Un surplus d’eau dommageable

La disparition du couvert forestier supprime l’évapotranspiration[2], principal poste de consommation de l’eau d’un massif. Dans les Landes de Gascogne, une pinède évapotranspire environ 400 mm d’eau par an, soit près de la moitié des précipitations annuelles en Gironde.

Dès la première saison de pluies suivant l’incendie, une grande partie de ce volume se retrouve dans la nappe phréatique, les fossés d’évacuation et les cours d’eau : les sols sableux et plats des Landes restent en effet globalement perméables malgré la réorganisation superficielle du sol liée à la chaleur, ce qui n’est pas le cas des sols plus argileux ou pentus. Localement, on observe donc des excès d’eau et une remontée de nappe, ce qui est un problème pour la reconstitution forestière, car l’accès aux parcelles y est plus difficile et les terrains s’engorgent rapidement.

Cette augmentation temporaire des volumes d’eau disponibles ne doit toutefois pas être interprétée comme une amélioration durable de la ressource en eau. Si davantage d’eau parvient localement aux nappes ou aux cours d’eau à court terme, la qualité de cette eau peut être fortement dégradée par les phénomènes d’érosion et le transport de polluants.

En zone méditerranéenne, l’eau supplémentaire part surtout en ruissellement. Le bassin du Rimbaud (Réal Collobrier, Var), dont 85 % du couvert de maquis a brûlé en août 1990, reste la référence française : le supplément d’écoulement annuel après incendie a été estimé à environ 15 % de la pluie annuelle, se manifestant surtout lors des crues.

Vue aérienne d'une forêt de pins brûlée par un mégafeu, aiguilles roussies mêlées à des zones encore vertes
Dans les Landes, la disparition du couvert forestier supprime l’évapotranspiration, principal poste de consommation d’eau du massif.

Le sol devient hydrophobe et s’érode

La chaleur réorganise les composés organiques du sol en une couche hydrophobe superficielle. Combinée à la perte du couvert végétal, elle déclenche un ruissellement intense : les premières pluies peuvent doubler ou tripler le transport de sédiments, colmatant les retenues, augmentant la présence de sédiment dans l’eau et entraînant cendres et composés associés vers les lits des cours d’eau et les nappes.

Dans certains cas, les couches superficielles du sol deviennent tellement imperméables qu’une part importante des précipitations part directement en ruissellement lors des premiers épisodes orageux. Cette situation favorise les crues soudaines, les coulées de boue et le transport massif de sédiments vers les ouvrages hydrauliques et les milieux aquatiques.

Géorisques classe d’ailleurs parmi les conséquences des feux, la pollution de l’eau causée par les cendres et les sédiments, et l’aggravation d’autres risques naturels : glissements de terrain, érosion, crues torrentielles. Cela implique une reconfiguration d’ouvrages de rétention, par exemple, dans les pentes.

Eau boueuse et chargée en sédiments s'écoulant avec des débris végétaux après un épisode de ruissellement
Cendres, sédiments et polluants dégradent fortement la qualité de l’eau, même lorsque son volume augmente.

Quels contaminants retrouve-t-on dans l’eau après un incendie ?

Plusieurs familles de contaminants sont présentes après ces incendies dans le sol.

  • Matières en suspension et carbone organique dissous : cela implique un pic de turbidité[3] qui peut saturer une filière de potabilisation, et précurseurs de sous-produits de chloration.
  • Nutriments (azote, phosphore) libérés par les cendres : ils induisent un risque d’eutrophisation[4] des milieux humides et des retenues, provoquant une prolifération des algues et asphyxiant ainsi la faune et la flore.
  • Métaux, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)[5] et autres composés organiques issus de la combustion de la végétation, mais aussi parfois d’infrastructures, de véhicules ou d’équipements touchés par les flammes.
  • Retardant de lutte anti-incendie (phosphate d’ammonium). Ils peuvent entraîner aussi une eutrophisation des cours d’eau, avec un risque persistant d’infiltration dans le sol et de pollution des nappes. Toutefois, ce phénomène est bien plus limité que les autres pollutions.

Quel risque pour l’alimentation en eau potable ?

Les captages d’eau potable situés en aval des zones incendiées peuvent subir une dégradation rapide de la qualité de l’eau. L’augmentation de la turbidité, des matières organiques, de l’azote et du phosphore complique le travail des installations de traitement. Certaines collectivités doivent alors renforcer les opérations de surveillance, adapter temporairement leurs procédés de potabilisation ou mettre en place des traitements complémentaires. Dans les situations les plus sévères, certains captages peuvent même être mis hors service pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois afin de garantir la sécurité sanitaire de l’eau distribuée.

Combien de temps durent les effets d’un incendie sur l’eau ?

Ce n’est pas un épisode ponctuel. Il a été montré que l’absence de couvert végétal filtrant affecte la qualité de l’eau pendant des mois, voire des années après un incendie. La période la plus critique reste généralement la première saison de pluies qui suit le feu, avant que la végétation ne se reconstitue.

Au-delà des impacts immédiats, les grands incendies créent une vulnérabilité durable des territoires. Pendant plusieurs années, les bassins versants touchés peuvent présenter une sensibilité accrue aux sécheresses estivales, aux crues soudaines et aux épisodes de pollution affectant les eaux superficielles et souterraines. Le retour à un fonctionnement hydrologique proche de l’état initial peut nécessiter plusieurs décennies selon l’intensité du feu et la vitesse de reconstitution de la couverture végétale.

Vue aérienne d'un affleurement rocheux séparant une zone forestière intacte d'une zone noircie par le feu
Un mégafeu se distingue par l’ampleur des bassins versants entiers qu’il parcourt, supprimant l’effet tampon des zones épargnées.

Mégafeux : quelles conséquences pour les gestionnaires de l’eau ?

Un mégafeu se distingue d’un feu ordinaire moins par la surface que par le fait qu’il brûle des bassins versants entiers, supprimant l’effet tampon des zones épargnées.

Les enjeux opérationnels qui en découlent sont la révision des protocoles de traitement en aval, la surveillance renforcée des captages en périmètre brûlé, le dimensionnement des ouvrages de rétention des sédiments, et l’anticipation des surcharges de réseaux pluviaux lors des premiers épisodes cévenols suivant le feu.

Les conséquences des mégafeux ne se limitent pas à la destruction des forêts. Ils représentent également une menace majeure pour la qualité de l’eau, la stabilité des sols et le fonctionnement des bassins versants. Dans un contexte où les incendies deviennent plus fréquents, plus étendus et plus intenses, la protection de la ressource en eau doit désormais être considérée comme un enjeu central de la gestion post-incendie.


[1]Comparatif des entrées et des sorties d’eau d’un système pour mesurer la variation de son stock.

[2]Transfert d’eau vers l’atmosphère combinant l’évaporation de l’eau du sol et la transpiration des plantes.

[3]Clarté de l’eau dégradée par la présence de particules en suspension.

[4]Enrichissement excessif en nutriments.

[5]Hydrocarbures aromatiques polycycliques.